Ces deux-là c’est un peu comme le Canada Dry. Elles ont la même couleur, le même usage et pourtant tout les oppose. Dans nos contrées, on connaît la première depuis belle lurette. Son apogée est arrivée à la fin du règne de Louis XIV avant qui on mangeait encore dans des écuelles en étain ou en bois. Les objets en faïence comme les vases puis les assiettes ont d’abord gagnés la noblesse, la seule capable de se payer ces trésors fabriqués par peu de faïenceries comme celles de Nevers ou de Rouen pour ne citer que les plus connues. Le blanc était quelque peu grisâtre et les couleurs assez sommaires. Celles appelées de « petit feu » comme le bleu et l’ocre foncé puis plus tard celles de « grand feu » comme le rose et le vert. Tout était question de qualité d’argile, d’émail, de pigments et de cuisson. Ces pièces, que l’on peut admirer dans des musées comme celui de la Céramique à Sèvres, étaient produites en petit nombre, assez épaisses, très opaques et pourtant très fragiles. Et puis, un jour un type parti en bateau jusqu’en Chine ramena de la jolie vaisselle. Des pièces comme on n’en avait encore jamais vu par ici. D’une blancheur éclatante, presque transparentes et pourtant bien plus solides que ce que l’on connaissait. La porcelaine chinoise venait de faire son apparition et comme tout ce qui venait de là-bas ce fût un succès (ce qui est rare est forcément envié). Immédiatement, nobles et grands bourgeois voulurent se procurer cette vaisselle si fine et raffinée mais mais mais… ben oui mais. Mais on ne savait pas la reproduire. Comment faire si fin ? Comment reproduire ces couleurs éclatantes ? Il paraît qu’on fit venir des porcelainiers chinois pour qu’ils expliquent leurs secrets de fabrication (un comble non ? A quel moment notre monde s’est-il inversé à ce point ???). En vain. Impossible pour eux de reproduire les précieuses pièces. Il nous manquait un ingrédient. Le plus important. Celui qui permettait de faire la différence avec la faïence. Le kaolin. Et bien figurez-vous que les dieux de la porcelaine devaient être avec nous parce qu’on a fini par en trouver. Oui chez nous en France ! Et devinez où ? A Limoges ! Mais oui ! C’est comme ça que Limoges est devenue la capitale de la porcelaine.
Après cette longue digression, voici comme différencier les deux matières. La faïence est plus épaisse et très opaque. Son grain est plus grossier et ses décors moins raffinés. La porcelaine, même la plus basique, est d’un blanc éclatant. Le test ultime est de placer l’objet devant une lampe ou le soleil et de passer votre main derrière. Vous verrez à coup sûr son ombre en transparence.