Perçue comme kitsch il y encore quelques années, la barbotine fait un retour en force. C’est comme tout, les modes vont et viennent. Désormais vous pouvez en trouver jusque dans les enseignes de grande distribution. Souvent rigolotes et peu chères, elles n’ont cependant rien à voir avec les « vraies », car pour la grande majorité elles viennent de Chine et sont fabriquées à des millions d’exemplaires.
Mais au fait, c’est quoi les « vraies » barbotines ? D’où nous vient cet art de la céramique qui imite la nature ?
Il faut remonter quelques siècles en arrière, à une période où le monde s’éveille à l’art : la Renaissance. L’Italie et l’Espagne maîtrisent à la perfection les décors sur céramique. Pigments, glaçure, cuisson : ils créent des décors aux motifs bariolés de couleurs éblouissantes. En France, on tâtonne. Mais un type incroyable mi-scientifique mi-artisan étudie de près ce savoir-faire. Il s’agit de Bernard Palissy. Artisan verrier, la cuisson dans les fours à ultra haute température n’a pas de secret pour lui. Il est également passionné par la nature et passe des heures à observer la faune des marais charentais où il habite. Il va alors se lancer dans la production d’incroyables céramiques. Ses « rustiques figulines » comme il les appelait. Il s’agissait de grands plats décoratifs où pullulaient des dizaines de petits animaux : serpents, écrevisses, insectes, coquillages, poissons… Le tout représenté avec une précision et des couleurs incroyables. Mais le plus remarquable c’est que tout cela était en relief, comme pour les rendre vivants. Ces œuvres d’art sont à l’époque appelées « majoliques » ou « majolica » du nom des sublimes céramiques italiennes dont Palissy s’est inspiré pour les couleurs.
Des imitateurs vont reproduire des pièces « à la manière » puis ce style va passer pour réapparaître au XVIIIème siècle avec des pièces spectaculaires provenant notamment de la faïencerie Hannong dans l’est de la France. Elle produit des pièces d’ornement spectaculaires pour embellir les tables des nobles, comme cette soupière en forme de chou, des assiettes emplies de faux fruits ou des terrines ornées de tête de gibier. Les tables de festins sont de véritables tableaux façon nature morte.
Mais c’est à la fin du XIXème siècle que la mode des majoliques va s’étendre à la bourgeoisie. C’est la période de la révolution industrielle où tout le monde veut avoir droit à une belle décoration et recevoir pour montrer sa richesse. C’est à ce moment qu’apparaît une multitude de pièces qui permettent de démultiplier les services et leurs usages. Les services à asperges et à artichaut, les services pour le goûter, des vases et autres jardinières… la majolique envahit les maisons et les appartements jusqu’à la période de l’Art Nouveau. Lunéville, Orchies, Sarreguemines sont les grands noms de cette époque.
Cette mode va de nouveau passer pour réapparaître dans les années 50 avec un style beaucoup plus kitsch. Cette fois-ci la production vient du sud de la France et plus précisément du village de Vallauris où exercent une multitude de potiers. Les gisement d’argile sont sous leurs pieds et ils donnent libre cours à un style très coloré et beaucoup plus simple que les anciennes majoliques. Les touristes de passage dans la région s’arrachent ces objets décoratifs qui se vendent comme des petits pains. C’est là que le terme de « barbotine » va s’imposer et perdurer jusqu’à aujourd’hui. Ce mot n’a pourtant rien de nouveau dans l’art de la céramique puisqu’il désigne cette matière laiteuse un peu visqueuse qui sert à assembler les parties entre elles. On l’utilise également pour la porcelaine pour fixer une anse à une tasse par exemple.
La barbotine est un sujet passionnant historiquement et foisonnant artistiquement. En général, on aime… ou pas du tout !